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Iris Murdoch (1919–1999)

Auteur de La Mer, la mer

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A propos de l'auteur

Iris Murdoch was one of the twentieth century's most prominent novelists, winner of the Booker Prize for The Sea. She died in 1999. (Publisher Provided) Iris Murdoch was born in Dublin, Ireland on July 15, 1919. She was educated at Badminton School in Bristol and Oxford University, where she read afficher plus classics, ancient history, and philosophy. After several government jobs, she returned to academic life, studying philosophy at Newnham College, Cambridge. In 1948, she became a fellow and tutor at St. Anne's College, Oxford. She also taught at the Royal College of Art in London. A professional philosopher, she began writing novels as a hobby, but quickly established herself as a genuine literary talent. She wrote over 25 novels during her lifetime including Under the Net, A Severed Head, The Unicorn, and Of the Nice and the Good. She won several awards including the James Tait Black Memorial Prize for The Black Prince in 1973 and the Booker Prize for The Sea, The Sea in 1978. She died on February 8, 1999 at the age of 79. (Bowker Author Biography) afficher moins
Crédit image: © Steve Pyke 1990 (use of image requires permission from Steve Pyke)

Œuvres de Iris Murdoch

La Mer, la mer (1978) 3,585 exemplaires
Dans le filet (1954) 2,142 exemplaires
Les Cloches (1958) 2,039 exemplaires
Une tête coupée (1961) 1,541 exemplaires
Le Prince noir (1973) 1,504 exemplaires
Le chateau de la licorne (1963) 941 exemplaires
Les Demi-Justes (1968) 902 exemplaires
A Fairly Honourable Defeat (1970) 825 exemplaires
Le chevalier vert (1993) 812 exemplaires
The Book and the Brotherhood (1987) 729 exemplaires
L'apprenti du bien (1985) 710 exemplaires
Le château de sable (1957) 698 exemplaires
L'Elève du philosophe (1983) 647 exemplaires
La Gouvernante italienne (1964) 636 exemplaires
Word Child (1975) 632 exemplaires
Amour profane, amour sacré (1974) 586 exemplaires
La Souveraineté du bien (1970) 540 exemplaires
Pâques sanglantes (1965) 539 exemplaires
Nuns and Soldiers (1980) 531 exemplaires
Le rêve de Bruno (1969) 525 exemplaires
Le Séducteur quitté (1956) 512 exemplaires
Une rose anonyme (1962) 491 exemplaires
Le message à la planète : roman (1989) 486 exemplaires
Henry and Cato (1976) 476 exemplaires
Le Dilemme de Jackson (1995) 469 exemplaires
Un homme à catastrophes (1971) 468 exemplaires
Les Angéliques (1966) 383 exemplaires
Sartre, Rationaliste Romantique (1953) 237 exemplaires
Something Special: A Story (1957) 160 exemplaires
Acastos: Two Platonic Dialogues (1986) 144 exemplaires
Iris Murdoch: The Essential Guide (2004) 13 exemplaires
A year of birds : poems (1978) 8 exemplaires
O Sino 4 exemplaires
Canterburyjske priče 4 exemplaires
Die Souveränität des Guten (2023) 3 exemplaires
Unicórnio 1 exemplaire
Henry e Cato 1 exemplaire
İTALYAN KIZI 1 exemplaire
Przypadkowy cz¿owiek 1 exemplaire
Hver tar sin 1 exemplaire
Tilfælghedens spil 1 exemplaire
The Nature of Metaphysics (1960) 1 exemplaire
Çan 1 exemplaire
Murdoch, Iris Archive 1 exemplaire
Against Dryness 1 exemplaire

Oeuvres associées

Wise Women: Over Two Thousand Years of Spiritual Writing by Women (1996) — Contributeur — 201 exemplaires
The Penguin Book of Irish Fiction (1999) — Contributeur — 152 exemplaires
Virtue Ethics (1997) — Contributeur — 131 exemplaires
Granta 111: Going Back (2010) — Contributeur — 113 exemplaires
Iris Murdoch, Philosopher (2011) — Contributeur — 12 exemplaires
Plato on Art and Beauty (Philosophers in Depth) (2012) — Contributeur — 4 exemplaires
Plays of the Sixties, Volume 2 (1967) — Contributeur — 3 exemplaires
O'r pedwar gwynt, Gaeaf 2019 (2019) — Contributeur — 1 exemplaire

Étiqueté

Partage des connaissances

Nom légal
Murdoch, Jean Iris
Autres noms
Murdoch, Jean Iris
Date de naissance
1919-07-15
Date de décès
1999-02-08
Lieu de sépulture
Ashes scattered in the garden of Oxford Crematorium
Sexe
female
Nationalité
Royaume-Uni
Lieu de naissance
Dublin, Irlande
Lieu du décès
Oxfordshire, Angleterre, Royaume-Uni
Cause du décès
Alzheimer's disease
Lieux de résidence
Dublin, Ierland
Oxford, Engeland
Études
Somerville College, Oxford
Professions
novelist
philosopher
Relations
Bayley, John (husband)
Organisations
American Academy of Arts and Letters (Foreign Honorary, Literature | 1975)
American Academy of Arts and Sciences (Foreign Honorary Member | 1982)
St Anne's College, Oxford University
Prix et distinctions
Booker Prize (1978)
Agent
Ed Victor
Courte biographie
Iris Murdoch was born in Dublin, Ireland, the only child of an Anglo-Irish family. When she was a baby, the family moved to London, where her father worked as a civil servant. She attended the Badminton School as a boarder from 1932 to 1938. In 1938, she enrolled at Oxford University, where she read Classics. She graduated with a First Class Honors degree in 1942 and got a job with the Treasury. In 1944, she joined the United Nations Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA), working in Brussels, Innsbruck, and Graz for two years. She then returned to her studies and became a postgraduate at Cambridge University. In 1948, she became a fellow of St Anne's College, Oxford, where she taught philosophy until 1963. In 1956, she married John Bayley, a literary critic, novelist, and English professor at Oxford. She published her debut novel, Under the Net, in 1954 and went on to produce 25 more novels and additional acclaimed works of philosophy, poetry and drama. She was elected a Foreign Honorary Member of the American Academy of Arts and Sciences in 1982, and named a Dame Commander of Order of the British Empire in 1987. She was diagnosed with Alzheimer's disease in 1997 and died two years later.

Membres

Discussions

Group Read, June 2022: The Sea, the Sea à 1001 Books to read before you die (Juillet 2022)
Group Read, July 2018: Under The Net à 1001 Books to read before you die (Juillet 2018)
The Bell à Iris Murdoch readers (Février 2018)
Musing on Murdoch in General à Iris Murdoch readers (Octobre 2017)
The Nice and the Good à Iris Murdoch readers (Février 2017)
The Italian Girl à Iris Murdoch readers (Novembre 2015)
The Sea, the Sea à Iris Murdoch readers (Septembre 2015)
The Sandcastle à Iris Murdoch readers (Janvier 2015)
The Green Knight à Iris Murdoch readers (Mai 2014)
The Unicorn à Iris Murdoch readers (Février 2014)
***Group Read, October 2013: The Bell by Iris Murdoch à 1001 Books to read before you die (Octobre 2013)
The Book and the Brotherhood à Iris Murdoch readers (Octobre 2013)
A Severed Head à Iris Murdoch readers (Mai 2013)
The Black Prince à Iris Murdoch readers (Mai 2013)
The Philosopher's Pupil à Iris Murdoch readers (Avril 2013)
The Good Apprentice à Iris Murdoch readers (Mars 2013)
Something Special à Iris Murdoch readers (Mars 2013)
Henry and Cato à Iris Murdoch readers (Février 2013)
A Word Child à Iris Murdoch readers (Février 2013)
Bruno's Dream à Iris Murdoch readers (Février 2013)
An Unofficial Rose à Iris Murdoch readers (Février 2013)
Henry Cato à Iris Murdoch readers (Janvier 2013)
Murdoch & Mayhem à 75 Books Challenge for 2012 (Décembre 2012)

Critiques

Que de bavardages, que de longueurs !!
 
Signalé
pangee | 12 autres critiques | Aug 31, 2021 |
Ce roman, publié en 1983, s’ouvre sur la dispute d’un couple en voiture et de l'accident qui en découle. Le début est marqué ensuite par une description interminable de la petite ville thermale anglaise d’Enniston (inventée pour la circonstance).
Juste après l’enchantement que m’avait procuré la lecture de « A severed head » et de manière plus générale, après m’être laissée prendre voire captiver par tous les autres livres d'Iris Murdoch, je me croyais à l'abri de l'ennui en dépit de cette introduction longuette. Ca finirait bien par faire place à l’étincelle d’une histoire peuplée de personnages piquants.
Et pourtant, hélas, hélas : le livre ne décolle pas et s’enlise même dans un galimatias sans fin de personnages aussi caricaturaux que sans véritable substance. En réalité, Iris Murdoch a créé une galerie de personnages aussi riche en nombre que pauvre en contenu. Qui embrasse trop mal étreint : l’auteure aurait-elle vu trop grand, jusqu’à en perdre le fil de ses personnages ? On sent une ambition d’un projet littéraire qui a tourné court. On imagine en effet assez mal qu’Iris Murdoch, écrivain et philosophe, n’ait pas souhaité donner le meilleur d’elle-même pour évoquer son sujet de prédilection – la philosophe – même si elle choisit visiblement, à travers la voix du professeur Rozanov (un type absolument infâme) d’en égratigner ses ambassadeurs ainsi que les dangers potentiels qu’ils peuvent faire courir à leurs adeptes. Il y est largement question de religion, d'hostilités, de frustrations, d'emprise et du pouvoir de l'indifférence.
L’histoire ? Elle est un peu difficile de la résumer tant elle est peu exploitée et évanescente. Essayons toutefois : le vieux professeur Rozanov (qui vit en Californie) revient à Enniston pour une raison que tout le monde ignore (qui s'avère être l’amour improbable qu’il nourrit en secret pour sa petite-fille Hattie) mais meurt d’envie de connaître. Il a été le professeur de philosophie de George McCaffrey (le personnage en titre du roman donc), un quadragénaire tourmenté et violent qui ne se rappelle pas s’il a récemment tenté d’assassiner sa femme au cours de l’accident de voiture cité plus haut. Littéralement hanté par Rozanov qui le traite de son côté de tout le mépris dont il est capable (et celui-ci est sans limite), George attend une explication, un signe providentiel de la part de son ancien professeur qui pourrait le réhabiliter et le sauver de tout et surtout de lui-même, pense-t-il.
C’est la famille McCaffrey qui forme le socle du roman, à travers une fratrie (George, Brian et Tom) et leur mère Alex. Nombre de personnages gravitent autour d’elle : Gabriel (épouse de Brian), la jeune américaine Hattie (que Rozanov somme Tom d’épouser) et la « servante » Pearl qui veille sur elle, Emma (ami de Tom), Diane (maîtresse de Tom), Father Bernard (qui a perdu la foi), etc. Iris Murdoch, qui sait décrire les relations humaines avec tant d’acuité et de finesse, en tire très insuffisamment profit dans ce roman où à peu près tout sonne et résonne de manière distante, caricaturale et fausse. Et ce n’est même pas la minceur et le caractère invraisemblable de l’histoire qui fait obstacle car on attend d’être nourri autrement : en premier lieu à travers les réflexions philosophiques censées sous-tendre le roman (comme celle de la tension entre le bien et le mal ?... on en ressort assez peu stimulé), ou par exemple dans les conversations que sont censées engager Rozanov et Father Bernard (très décevantes et non renouvelées). La station thermale, au cœur du roman, fonctionnant comme un monstre qui contient et digère la population d’Enniston, est toutefois bien vue et utilisée à bon escient.
Au final, Father Bernard, dans son rôle de témoin et de catalyseur, aux apparitions inégales et incomplètes, est probablement le personnage le plus réussi du roman. Celui que l’on parvient à approcher de plus près et peut-être aussi le seul que l’on rencontre. Le seul véritable être humain, en gros.
Probablement le roman le plus long de l’auteure mais certainement pas le plus achevé. C’est comme si la matière en avait été diluée dans un récit assez poussif manquant singulièrement de ligne directrice et d’éclat.
Une déception proportionnelle à l’attente que j’avais de ce roman.
… (plus d'informations)
½
 
Signalé
biche1968 | 12 autres critiques | Sep 15, 2020 |
Les romans d’Iris Murdoch sont très séduisants par leur capacité à offrir au lecteur des réflexions philosophiques à travers des personnages jetés en pâture aux tourments de leur existence. Dans ce cinquième roman publié en 1961, l’auteure parvient brillamment à accomplir ce qu’elle sait faire de mieux : donner vie à des personnages qui évoluent dans des milieux bourgeois, les plonger dans des eaux tour à tour glacées et brûlantes pour les faire agir, réagir et interagir. On sent que l’auteur prend un malin plaisir à disséquer ses personnages qu’elle capte comme autant d’insectes sous un microscope. Elle se délecte visiblement à décrire par le menu la douleur ressentie en arrachant une patte à l’un, une antenne à l’autre. Elle peut le faire avec d’autant plus d’exaltation qu’elle sait que son sadisme sera pleinement partagé par le lecteur.
Martin, quadragénaire, négociant en vin, mène une existence heureuse entre son épouse Antonia –femme élégante, plus âgée que lui, qui lui apporte la sécurité matérielle et affective – et sa jeune maîtresse Georgie, étudiante, qui lui apporte le frisson érotique dans un univers résolument parallèle (et étanche) à sa vie matrimoniale. Martin, pas le moins du monde tourmenté par son infidélité, n’envisage pas de quitter le confort domestique et bourgeois que lui procure Antonia ; il se montre par ailleurs reconnaissant vis-à-vis de la jeune Georgie qui, bien que visiblement attachée à lui, a la délicatesse de ne rien exiger.
Ce ronronnement confortable et familier est pourtant stoppé net un soir, alors que Martin rentre chez lui après avoir rendu visite à sa maîtresse. Son existence insouciante vole en éclats à l’arrivée de sa femme qui lui annonce tout de go qu’elle est tombée follement amoureuse de Palmer, son psychanalyste (mais aussi ami du couple).
Ce coup de théâtre sera le premier d’une savoureuse série de revirements amoureux qui émaillent l’intégralité du roman. Le livre est une fête permanente et même un heureux feu d’artifices (au sens propre et figuré) à laquelle l’auteur aurait convié tout à la fois Shakespeare, Freud et Marivaux. On y retrouve en effet de la magie malicieuse de Midsummer Night’s Dream, les errances de La double inconstance (démultipliée) transposées, sur fond de psychanalyse, quelque part à Londres au tournant des années 1950-60.
A severed head est une comédie satirique étincelante qui mêle ironie mordante, inconvenance moqueuse et désinvolture échevelée.La virtuosité littéraire d’Iris Murdoch est pleinement mise à profit dans la description et l’enchaînement des scènes, le caractère savoureux des dialogues, les multiples ressorts tragi-comiques.
Le thème central est le mensonge dans sa globalité, à travers ce que l’on dissimule à autrui mais aussi ce que l’on cache avant tout à soi-même. Comme toujours, l’adultère règne en maître (car c’est efficace) pour peindre l’univers du mensonge. Très drôle, le livre n’en comprend pas moins aussi des thèmes plus sombres tels que l’avortement et le suicide.
La dissection des émotions et perceptions des personnages, dans leur vérité crue (bien souvent égoïste, donc, et pas très reluisante) fait montre d’une finesse psychologique bluffante en matière de sentiment amoureux et de relations interpersonnelles.
Voilà une sorte de cours magistral : profond, grinçant, sagace et sans pitié.
Au carnaval de l’amour, des feintes et des incertitudes, que la fête commence !
Un grand roman d’Iris Murdoch, injustement sous-évalué par rapport à ses autres livres (il ne serait tout de même pas très sérieux de donner sa préférence à une comédie !).

Extraits :
Sur l’art de se mentir (pour se donner le beau rôle) :
« with that degree of self-perception which is essential to a prolonged and successful masquerade, I even felt virtuous”.

Sur la réification dans la perte de l’autre :
“the things in [our lovely house] no longer cohered together. It was odd that the pain worked first and most immediately through things, as if they had at once become the sad symbols of a loss which in its entirety I could not yet face. They knew and mourned”.

Sur les rapports de force amoureux :
“I had been cheated of some moment of violence, of some special though perhaps fruitless movement of will and power: and for this at least I would never forgive them”.

Sur l’ambivalence du sentiment amoureux (et la part d’égoïsme pur qui l’accompagne régulièrement) :
“I was by now in a state which could only be described as being in love. Yet it was a strange love, whose only possible expression was my acquiescence in her will to keep that thread unbroken between us. At the same time, to consent to this was torture and I felt the tender bond like a strangler’s rope. I was confounded by the utter impossibility of violence. Yet violence, veiled with misery, moved within”.
“You understand. It may seem unreasonable to ask you to love me all the same and to love me especially: but nothing here is reasonable, and in love nothing is ever reasonable. So, selfish, inconsiderate, and sorry for myself, I ask just that”.

Sur le tiraillement amoureux (un sommet de justesse qui saisira / douchera tout lecteur l’ayant vécu… ou subi) :
“I began to think about Georgie and about our meeting tomorrow. I could find somewhere in my heart a warm germ of gladness at the thought of Georgie. Yet I was terrified of seeing her too. I could not at present face anything in the way of a showdown or argument about fundamentals with Georgie. I had been as it were too completely reabsorbed into Antonia. I could think of nothing but Antonia. The pressure upon me of Georgia’s needs, any requirement that I should now imagine her situation, would be intolerable, and I felt sick at the thought. Yet I did want to see her. I wanted consolation, I wanted love, I wanted, to save me, some colossal and powerful love such as I had never known before”.
“there were times when I wondered whether my love for Georgie was strong enough to support the sheer weight of mess and muddle under which I felt it now laboured. All the same, when I had found her with Alexander my sense of possessiveness had been immediate and violent: a possessiveness which lingered on now as a sort of aching resentment. It was odd that I felt no urgency about seeing her. What I really wanted most just then was to put Georgie in cold storage. It is unfortunate that other human beings cannot be conveniently immobilized”.

Sur le lien amoureux :
“The familiar ritual steadied us both. I drew here limp being against mine. She laid her head on my shoulder. Our bodies, at least, were old friends”.

Sur le caractère inextricable du conflit amoureux :
“The fact is we were both exhausted, and yet with nerves sufficiently on edge, both required each other and found rest impossible together”.

L'intelligence d'une philosophe particulièrement portée sur la psychologie, au service d'un récit flamboyant !
… (plus d'informations)
 
Signalé
biche1968 | 46 autres critiques | Aug 31, 2020 |
Le roman s’ouvre sur une longue et impressionnante scène de bal à l’université d’Oxford. L’occasion de planter une galerie de personnages dont on comprendra peu à peu les liens qui les unissent.
Cette brillante scène inaugurale plonge le lecteur dans un univers shakespearien, entre intrigue et magie, dont l’auteure a le secret. Soirée un peu folle, nocturne (où chacune cherche son chacun et vice versa), au cours de laquelle tout semble à la fois possible et impossible, où les amours se nouent, se défont ou se ratent.
Bien que le procédé du retour en arrière propre à un récit soit connu pour être régulièrement usité en littérature, il est particulièrement bien maîtrisé dans The Book and the Brotherhood. L’introduction sommaire et « de plain-pied » des personnages et de leurs actes, projette sur eux l’ombre d’un passé qu’il nous tarde de voir éclairé.

On s’aperçoit assez rapidement qu’on a affaire à une bande d’amis qui se connaissent pour la plupart depuis l’université : Gerard, Rose, Jenkin, Duncan, Jean, Gulliver et Crimond. La lunaire Lily, qui vante les exploits de sorcellerie de sa grand-mère, n’est qu’une pièce rapportée qui peine à trouver sa place au sein d’un cercle plus « intello ». Se greffe à ce cénacle un personnage beaucoup plus jeune mais qui occupe une place assez centrale dans le récit, dans la mesure où il s’offre en miroir pour autrui : celui de Tamar, nièce de Gerard, qui connaît bien chacune des personnes composant le petit cercle initial mais qui développera des liens particuliers avec Duncan, Lily et Jenkin. D’autres personnages figurent dans le roman parmi lesquels on trouve Violet, mère involontaire, amère et vengeresse de Tamar, Gideon et sa femme Patricia ou bien encore le défunt Sinclair, frère de Rose dont Gerard était amoureux, et dont le souvenir est régulièrement rappelé. C’est qu’Iris Murdoch sait incarner et donner vie à ses personnages (y compris aux défunts), quelle que soit la place qu’ils occupent dans le récit.

Mais LE personnage central du livre, dont on ignore finalement l’essentiel mais qui mène le bal de bout en bout, c’est le mystérieux et tourmenté Crimond. Objet de fascination, de passion amoureuse (qui n’est pas sans rappeler le personnage de Pasolini dans Théorème), de peur, de rejet ou d’indignation, c’est peu dire qu’il ne laisse personne indifférent. Les idées révolutionnaires post-marxistes qui l’agitent et occupent toute sa vie doivent faire l’objet de la rédaction d’un livre, en gestation depuis ses années universitaires. Au point que ses amis décident de créer une sorte de confrérie propre à financer le projet d’un homme désargenté –car intégralement dévoué à son grand œuvre– mais potentiellement génial.

La lassitude de devoir financer un « ami » aussi peu amical que Crimond, qui fait traîner son projet en longueur, qui ne manifeste aucune gratitude envers ses bienfaiteurs et qui ne prend même pas la peine de les tenir informés sur l’état d’avancement de son travail, prend une tout autre dimension lorsque Crimond pousse, pour la deuxième fois, Jean à quitter son mari (Duncan).

La confrérie se concerte et vacille face à ce coup de tonnerre et certains membres (Rose et Gulliver en tête) considèrent que l’heure des comptes a sonné. Il s'agit d'un basculement important, puisqu'il est l'occasion de mettre en lumière la grande difficulté à rester fidèle à ses idéaux de jeunesse. Crimond, en tant que personnage entier et radical, le seul à vouloir entretenir la flamme de la révolution, le seul qui n'ait pas trahi ses idéaux et ne se soit pas laissé glisser dans un environnement bourgeois, devient un archétype auquel on se mesure et en fonction duquel on explore sa conscience. Le caractère imbuvable de Crimond permet heureusement de s'arranger plus aisément avec cette dernière.

Comme dans ses autres romans, Iris Murdoch décrit, dissèque (en grattant parfois jusqu’à l’os) les relations qui unissent des personnes, en duo, en trio ou en sein d’un groupe. Elle sait le faire avec beaucoup d’adresse et d’acuité, même si les interactions humaines et sentimentales qu’elle met en lumière semblent parfois schématiques. A aime B qui aime C qui aime D… : comprendre Tamar aime (ou croit aimer) Duncan qui aime Jean qui aime Crimond qui aime (momentanément ?) Rose qui aime Gerard qui aime Jenkin… L’amour et la suspicion d’amour semblent s’équivaloir puisque les transferts d’affection sont légion. La nature et la fonction du sentiment amoureux sont finalement plutôt malmenées par l’auteure qui n’hésite pas à en démontrer les accents irrationnels, contradictoires, éphémères ou vides. Quand on trouve qu’elle force un peu le trait (que dire de la déclaration d’amour de Crimond à Rose à la fin du livre, de même que du grand trouble passager qu’il sème en elle), il faut se rappeler l’intérêt tout particulier qu’Iris Murdoch porte au théâtre.

Quels que soient leur âge et leur histoire personnelle, les personnages n’en finissent pas de s’interroger et d’errer ; peinant véritablement à s’accomplir, les femmes –décidément pas présentées sous leur meilleur jour– sont les premières victimes d’un sentiment de vide. Souffrant de dépendance affective qui les oblitèrent en tant qu’individus et les forcent à l’inaction (Jean, Rose, Tamar), elles sont par ailleurs dépressives (Tamar, Violet, Lily). Même si les personnages masculins ne sont pas exempts d’un sentiment de désespoir (Duncan, Crimond) ou d’incertitude face aux choix qu’il conviendrait de faire pour mener à bien leur existence (Jenkin, Gerard), ils ne sont en aucun cas aussi velléitaires que les femmes et leur désespoir peut être fécond (Crimond en est la parfaite illustration).

La soif de l’amour parfait, exclusif et inconditionnel, incarné par la relation entre Crimond et Jean, est décrite sous la lumière la plus crue qui soit : celle de l’enfermement, de la folie, de la destruction et du suicide. L'amour est aussi vécu comme une véritable maladie chez Duncan, irrémédiablement attaché à Jean, qui le quitte à deux reprises, à quelques années d'intervalle, pour rejoindre Crimond.
L’auteure ne laissera jamais à qui que ce soit la possibilité de couler des jours heureux et insouciants. L'amour et l'amitié -sentiments aux frontières très ténues- sont nécessairement cannibales.

Une fois de plus, la romancière se laisse aller à des descriptions souvent trop détaillées de l’habillement et de l’alimentation des personnages mais on le lui pardonne assez facilement, dans la mesure où ces quelques fioritures littéraires n’entravent pas la dynamique du récit.

Car il reste toujours suffisamment à méditer sur la dimension tragique des personnages de Murdoch, marionnettes aux prises avec les caprices et les griffes du destin et du hasard. Sur l’insoutenable désir de pureté (notamment incarné par le personnage de Tamar) et les trahisons de toutes sortes qui en résultent. Les aventures des personnages ne sont-elles pas uniquement le résultat de songes ou d'illusions magiques ? À l'exception de Jenkin, dont la mort semble s'offrir en symbole d'expiation pour l'ensemble du groupe, tout ne "rentre-t-il pas dans l'ordre" à la fin du livre ? Jean est retournée à son mari, Gerard à Rose, Gulliver à Lily, Tamar à l'université, etc.

The Book and the Brotherhood illustre une fois de plus -la thématique traverse l'ensemble de l'oeuvre d'Iris Murdoch- la difficulté extrême sinon l'impossibilité à décider de sa voie et du sens à donner à son existence. D'où l'attention unanime et excessive portée à Crimond qui semble le seul à savoir à quoi il se destine et qui sera le seul à réussir à mener jusqu'au bout le projet poursuivi depuis sa jeunesse. L'auteure compte-t-elle nous dire qu'il convient d'être illuminé et obsessionnel pour y parvenir ?

Restera aussi pour le lecteur le souvenir de scènes magnifiques, parmi lesquelles émergent incontestablement la scène inaugurale du bal à Oxford et le plan suicidaire en voiture, orchestré par le maléfique Crimond.
… (plus d'informations)
½
 
Signalé
biche1968 | 12 autres critiques | Mar 13, 2019 |

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